L’hospitalité Canadienne au cœur des Rocheuses

On ne sait plus trop à quel moment du voyage on a décidé de prendre le chemin du retour à la maison. L’idée a commencé à germer en Asie du Sud-Est, où notre façon de voyager ne correspondait plus du tout à nos espoirs. Trop d’hôtels, trop de bus, trop de train. Puis l’envie de continuer nous a de nouveau gagné avec l’Océanie, où nous avons retrouvé nos habitudes de voyage du tout début. Mais il faut bien l’avouer, depuis notre arrivée en Amérique du Nord, nous sommes fatigués et nous ne profitons plus du tout de la chance que nous avons d’être sur la route.

Le pire, c’est que nous n’arrivons même plus à profiter des personnes qui nous accueillent si gentiment. Nous sommes presque rassurés lorsque nous devons passer la soirée seuls. Et ça, c’est à l’opposé de ce que nous souhaitions vivre comme expérience. Ajouté à ça l’argent qui commence à manquer… Nous décidons donc de ne pas nous rendre en Amérique du Sud comme prévu à l’origine, et de prendre la direction de la maison, plutôt que de continuer avec ce mauvais état d’esprit.

Nous avons alors deux choix : rejoindre la côte Atlantique en traversant les Etats-Unis, ou alors en passant par le Canada.

Peut-être est-ce dû à la fatigue que nous ressentons depuis notre arrivée aux Etats-Unis, à notre envie de prendre un bol d’air frais loin des grandes villes ou de découvrir un nouveau pays…Nous ne savons pas trop, mais toujours est-il que nous choisissons le Canada, sans trop savoir ce qui nous attend.

Notre arrivée dans cet immense pays se passe sous les meilleurs hospices. Le passage de la frontière se fait en 10 minutes à peine, sans même remplir le moindre document. Puis un baroudeur Québecois nous emmène directement jusqu’à Vancouver, dans son superbe Van aménagé dans lequel il vit, et grâce auquel il gagne sa vie. Il organise en effet de nombreuses réunions autour de ces engins sur 4 roues, et vient justement de Montréal pour organiser un rassemblement de Van à Vancouver. Il nous dépose en plein centre-ville.

Nous qui voulions nous rendre au Canada pour prendre un bol d’air et nous éloigner des grandes villes, c’est raté ! Vancouver est loin d’être une ville exceptionnelle, même si la côte est assez agréable.

Mais dés que l’on déambule dans les rues de la ville, il faut faire face au triste spectacle des nombreux drogués qui en arpentent les trottoirs. C’est un très gros problème dans le pays et certains quartiers de Vancouver ne sont pas sûrs. Pourtant, l’Etat fait tout pour aider ces personnes en créant des « salles de shoot ». Il s’agit de salles dans lesquelles les drogués peuvent venir faire leur piqûre, mais sous contrôle médical, avec des seringues propres et des infirmières pour les aider. Ils proposent même un suivi psychologique pour les personnes qui le souhaitent.

C’est donc le moral au plus bas face à cette réalité, que le soir nous marchons plus de 6km pour nous rendre dans une auberge de jeunesse, où nous avons laborieusement réussi à trouver deux lits en dortoir pour la somme faramineuse de 40€ (puisque la personne qui devait nous accueillir via le site internet Couchsurfing ne nous a plus donné de nouvelles depuis plusieurs jours).

Nous décidons de ne pas nous éterniser ici, et dès le lendemain nous prenons la direction de l’Est. Malheureusement, Vancouver est beaucoup trop étendu, et il nous paraît impensable de rejoindre la sortie de la ville à pied. Nous décidons donc à contre-coeur de faire de l’auto-stop en plein centre-ville, persuadés que comme d’habitude, cette solution sera un échec. Car en général, sur les routes de grande affluence comme celle-ci, personne ne s’arrête jamais. Mais après de longues heures d’attente, nous sommes finalement prit par deux hommes, qui nous emmènent à environ 20km de là, à Burnaby, juste devant la porte de l’immeuble de l’homme qui nous accueille ce soir-là, via Couchsurfing : Mehrdad, un Iranien vraiment adorable.

Nous nous entendons tellement bien avec notre hôte, que lorsqu’il nous propose de rester une nuit de plus chez lui nous acceptons avec beaucoup de plaisir. Comme il pleut des cordes nous passons la journée du lendemain à discuter, à échanger des musiques, et à lui apprendre quelques mots en français. Nous l’aidons à aller chercher des meubles qu’il a acheté sur internet pour son appartement, et nous avons même la chance de discuter via Skype avec sa mère restée en Iran. Elle veut à tout prit nous rencontrer et insiste pour que nous passions les voir un jour, à Shiraz (là d’où vient le vin qui porte le même nom). Pourquoi pas, un jour qui sait…

C’est avec une certaine tristesse partagée que nous quittons Mehrdad deux jours plus tard. Il nous dépose à l’insertion de l’autoroute qui mène vers l’Est, avant de partir travailler.

Le soir, nous avons déjà un contact pour dormir à Chilliwack, à peine 100km plus à l’est. Comme l’auto-stop fonctionne vraiment très bien au Canada, nous prenons le temps de nous reposer à plusieurs endroits sur la route, dans les centre-commerciaux pour internet, ou dans des parcs.

« Attention, Cougar dans la zone »

Puis nous rejoignons Nicole, Brad, et leurs deux fils : Cal et Jake. Tous deux directeurs d’écoles élémentaires, ils possèdent une maison gigantesque (sans doute la plus grande dans laquelle nous ayons jamais été accueillis), sans parler de leurs 4 voitures, leur bateau, leur camping car, leur salle de sport etc… Nous sommes accueillis comme des amis et nous nous sentons tout de suite à l’aise avec cette famille finalement très simple. Comme à Burnaby chez Mehrdad, nous sommes invités à rester une nuit de plus, et nous acceptons encore avec plaisir.

Le lendemain, comme Nicole et Brad doivent partir travailler, ils nous laissent les clés de la maison…et d’une voiture ! C’est incroyable de voir une telle confiance alors que nous sommes des inconnus ! Nous ne l’aurions même pas fait nous même…

Grâce à cette confiance, nous utilisons la voiture pour aller exceptionnellement manger dans un petit restaurant ce midi là, puisque nous fêtons notre 400ème jour de voyage ! Et oui déjà… Comme le temps passe vite.

Une bonne Poutine, plat typiquement Canadien

En fin de journée, Nicole et Brad nous emmènent sur un lac où est réuni une sorte de groupe de scouts dont Cal et Jake font partie. Brad et un ami à eux font faire des tours de lac aux enfants sur leurs bateaux.

Brad nous propose même de monter à bord pour que nous puissions en profiter aussi, et nous passons un super moment avec lui à découvrir ce magnifique paysage sur l’eau. Une petite parenthèse reposante au milieu de ce voyage si fatiguant.

Nous sommes ensuite invités à partager un barbecue sur la plage avec toute l’équipe, préparé par le pasteur du village et sa femme. Nous passons une excellente soirée, un peu hors du temps mais loin d’être désagréable.

Nous passons notre seconde nuit chez cette incroyable famille, avec l’envie d’y rester encore un peu. Mais il faut bien continuer notre périple, et nous ne pouvons pas les embêter plus alors qu’ils nous ont déjà tant offert ! Le lendemain, c’est donc avec un petit pincement au cœur que nous les quittons pour reprendre l’auto-stop le long de la route Transcanadienne, qui nous fait remonter cette fois-ci un peu plus vers le Nord du pays. Le Canada ne démarre finalement pas si mal que ça, contrairement à ce que nous pensions à notre arrivée à Vancouver…

Ce jour-là, l’auto-stop fonctionne particulièrement bien puisqu’une première voiture nous emmène à Hope, à une cinquantaine de kilomètres de Chilliwack, puis deux femmes nous conduisent directement à Kamloops, à plus de 200km ! Comme elles veulent se rendre en France dans quelques années, nous leur donnons des conseils sur les endroits à visiter.

Nous nous baladons un peu dans la jolie ville de Kamloops, située au bord de la rivière Thompson, avant de nous rendre chez notre hôte Couchsurfing du soir : Caryn. Elle vit dans un grand duplex situé à côté de la zone commerciale, et comme d’habitude au Canada, elle nous accueille avec beaucoup de gentillesse.

Elle nous raconte son propre voyage en auto-stop en Europe lorsqu’elle avait une vingtaine d’années. Un incroyable périple qui l’a amené à accueillir les voyageurs comme elle aujourd’hui. Nous passons une très bonne soirée en sa compagnie, et le lendemain matin elle nous dépose à l’insertion de la Transcanadienne.

Sur la route on souhaite s’arrêter à Banff, petite ville au milieu des rocheuses très prisée par les touristes. Même si d’ordinaire on essaye d’éviter ce genre d’endroit, ce serait dommage de passer à côté de ce site qui semble exceptionnel. Nous avons donc fait des demandes d’hébergement sur Couchsurfing pour le lendemain. En attendant les réponses, nous montons dans la voiture d’un homme qui devait nous emmener au village situé juste après Kamloops, mais qui après réflexion nous conduit jusqu’à Salmon Arm, à plus de 100 km !

De là, nous trouvons directement une voiture qui va jusqu’à…Calgary ! C’est dommage car nous comptons bien nous y rendre mais pas tout de suite. Et nous ne voulons arriver à Banff que le lendemain, au cas où nous aurions des réponses positives sur Couchsurfing d’ici là. C’est rare mais nous demandons donc à notre chauffeur de nous arrêter avant, dans le minuscule village de Donald où se trouve un camping gratuit.

Sur la route, nous commençons à découvrir les magnifiques Rocheuses, si typiques du Canada. Notre chauffeur s’arrête même à Craigellachie, afin de nous montrer l’endroit où le dernier clou du chemin de fer Trans-Canadien Pacifique fut planté le 7 Novembre 1885, rejoignant ainsi les voies venant d’Est et d’Ouest.

A Donald, nous sommes subjugués par les paysages qui nous entourent. Nous sommes au beau milieu de montagnes majestueuses, au bord d’une rivière à l’eau turquoise.

Le camping a beau être gratuit, il possède toutes les commodités : ce sont de véritables emplacements avec table, bancs, barbecue et même des toilettes ! Sans parler de la vue exceptionnelle sur les Rocheuses. Un paysage de rêve pour planter la tente ! C’est exactement pour ce genre de moments d’évasion que l’on est heureux de faire ce voyage.

Nous ne restons malheureusement qu’une seule nuit, et le lendemain nous quittons la Colombie Britannique pour entrer en Alberta. C’est très rapidement que nous trouvons deux voitures pour nous emmener à Banff, ville touristique par excellence. Malheureusement, nous n’avons eu aucune réponse pour nos demandes Couchsurfing, qu’elles soient positives ou négatives. Et par expérience, nous savons pertinemment que dans une ville touristique comme celle-ci, le porte à porte ne fonctionnera pas, car les habitants sont lassés de croiser des touristes tous les jours. Il faut donc se résoudre à prendre un emplacement en camping. Le moins cher se trouve à 4km de là, et nous nous y rendons à pied. Une fois sur place, c’est le choc ! Il s’agit en fait de trois campings côte à côte, et celui réservé aux tentes possède pas moins de 600 emplacements ! Malgré ça nous obtenons l’un des derniers emplacements disponibles, juste à côté des toilettes…et pour 27 dollars.

Malgré ces petits désagréments, nous sommes heureux d’être au cœur de la forêt, et de pouvoir observer en plein milieu du camping la magnifique faune qui y vit (même si à cause des ours, il faut emballer notre nourriture dans plusieurs couches de plastique pour éviter de faire de mauvaises rencontres la nuit !).

Nous montons la tente et partons nous balader dans les alentours. Les Rocheuses observées depuis notre entrée en Alberta se dévoilent sous leur meilleur jour, le long de la rivière Bow. C’est magnifique, on en prend plein les yeux !

On ne voulait rester qu’une seule nuit à Banff, mais il y a tellement de choses à voir qu’on décide de prolonger notre séjour d’une nuit. Nous rencontrons un couple de français, Jessica et Étienne, qui comme nous, voyage en auto-stop à travers le monde et cherche l’hébergement chez l’habitant. En discutant nous tombons d’accord pour partager un emplacement. Mais c’était sans compter sur l’affluence à cette période là, et les 600 emplacements du camping sont déjà complets pour le soir ! C’est dommage, mais ce sont les aléas du voyage.

Nous disons donc au revoir à Jessica et Étienne, et nous partons visiter Banff avec nos sacs à dos. Eux se dirigent vers le centre-ville grâce au bus gratuit qui s’arrête juste devant le camping, mais nous préférons prendre le chemin de randonnée d’environ 5km qui longe la rivière Bow. Et nous ne regrettons absolument pas !

Comme la veille, nous sommes époustouflés par les magnifiques montagnes qui nous entourent, et par la clarté de l’eau de la rivière bordée d’immenses pins, qui ne nous donne qu’une seule envie : nous baigner ! Mais vu la température de l’eau, on préfère quand même éviter…

Nous visitons un peu la ville de Banff (effectivement très touristique) avant de reprendre l’auto-stop sur la Transcanadienne, direction Calgary, puisque nous ne pouvons finalement pas rester une nuit de plus.

Un homme nous conduit jusqu’à Canmore, la ville située juste après Banff. Alors que nous sommes en train de marcher pour rejoindre la sortie de la ville, un homme et son fils s’arrêtent à côté de nous. Ils sont français et en voyant les drapeaux bleu, blanc, rouge cousus sur nos sacs à dos ils décident de nous aider. En chemin, ils comprennent que nous n’avons pas de destination précise pour le soir, alors qu’ils pensaient que nous nous rendions au parc national un peu plus loin pour camper. Du coup changement de cap : Jean-Pierre et Johann nous emmènent chez eux ! Nous y faisons la connaissance de Marti, la femme hongroise de Jean-Pierre, vraiment adorable.

Comme depuis notre arrivée au Canada, nous sommes reçus comme des rois. Ils nous préparent un repas de fête et nous passons la soirée à discuter. Et grosse surprise : Jean-Pierre n’est pas n’importe qui ! En effet dans les années 70, il a fait un tour d’Europe avec son frère avec un seul vélo pour deux. Chacun alternait entre le vélo et la course. Durant leur périple, ils ont rencontré plusieurs ministres des sports, et même le Pape Jean Paul II ! Il a également participé aux JO de Calgary de 1988 en Combiné Nordique, et s’est entraîné avec Eddy The Eagle ! Une vraie petite célébrité.

Johann quant à lui est un vrai génie. Il sait tout faire : aucun sport ne lui fait peur, il sait jouer de plusieurs instruments de musique et possède des connaissances bien au-delà de ce que son âge pourrait laisser penser.

Comme ils n’ont pas de place de libre dans leur maison et que le rez-de-chaussée est occupé par une location AirBnB, nous dormons dans la cabane de jardin, pour la troisième fois de notre voyage (les deux premières, c’était au Danemark). Une nuit atypique mais qui nous donne l’impression d’être des gamins ! Nous nous y installons très confortablement avec les matelas, couettes et oreillers qu’ils nous prêtent.

Avant de nous déposer à l’insertion de la Transcanadienne le lendemain matin, Jean-Pierre et Marti nous préparent un très gros petit déjeuner, plus deux énormes sandwich pour notre repas de midi. L’hospitalité Canadienne n’est décidément pas une légende et nous sommes heureux de pouvoir en être témoins.

Nous attendons à peine deux minutes sur le bord de la route avant que trois amis ne nous fassent monter dans leur voiture et nous emmènent directement à Calgary ! Ils nous déposent juste à côté de la maison de notre hôte Couchsurfing du soir : Baris, un Turc très accueillant.

Comme il est tôt, il nous emmène découvrir son quartier qui surplombe Calgary. Un très beau point de vue où l’on peut observer la grandeur de la ville.

Puis nous descendons y faire un tour, découvrir les jolis parcs et les abords de la Rivière Bow (encore elle !).

La ville se prépare à fêter les 150 ans du Canada

En fin de journée, Baris nous offre un verre et des nachos dans un bar très sympathique.

Nous finissons la soirée chez lui, à discuter sur sa terrasse jusque très tard. Encore une fois, nous nous sentons vraiment à l’aise avec notre hôte, et Baris fait tout pour que l’on se sente comme à la maison.

Comme nous n’avons rien de prévu dans les jours à venir, Baris nous propose de rester autant que l’on souhaite. C’est donc 4 nuits que nous allons passer chez lui. Malheureusement, nous ne le croiserons pas beaucoup durant ce long séjour. En effet, Baris est chef de projet dans le transport international, et comme son employeur licencie à tour de bras, il se retrouve quasiment seul pour gérer l’entreprise. Autant dire une quantité de travail astronomique. Et comme il ne veut pas manquer sa mutation à Toronto dans quelques mois, il travaille d’arrache-pied. Tous les soirs il rentre donc vers 22h, et même 2h du matin une fois ! Pendant son absence il a la gentillesse de nous prêter sa maison, et nous en profitons pour prendre beaucoup de repos.

Nous passons nos journées à ne rien faire, hormis quelques balades autour de la maison. Le soir nous lui préparons toujours un repas pour son retour, et nous discutons un peu avec lui avant d’aller nous coucher.

On s’essaye aux « Pizza Balls » !

Nous regrettons vraiment de ne pas avoir passé plus de temps avec lui, car c’est un hôte vraiment accueillant et intéressant. Malgré tout nous lui sommes extrêmement reconnaissants de nous avoir laissé nous reposer chez lui.

C’est donc en pleine forme que le 29 juin 2017, déjà 2 semaines après notre arrivée au Canada, Baris nous dépose à l’insertion d’autoroute à 7h du matin avant de partir au travail.

Cette fois-ci nous quittons réellement les Rocheuses et l’Ouest Canadien. Direction le Saskatchewan et de nouvelles belles rencontres sur la route.

Une réflexion au sujet de « L’hospitalité Canadienne au cœur des Rocheuses »

  1. Quel plaisir de lire la suite de votre voyage que nous attendions avec impatience. Les photos sont magnifiques. Nous attendons la suite de votre aventure canadienne.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *